Les aventures africaines de Claire et Chloé

11 mars 2009

Comme d'habitude les départs c'est un peu la mission impossible du voyage.
On a beau dire qu'on se reverra un jour, faire comme si de rien n'était, on
a quand même une ambiance de deuil qui plane, alors on fait la fête la
veille et on entend pas le réveil qui sonne à 5 heures du matin. Claire
ouvre un oeil, jette un regard sur l'heure. 'Quoi ? 6 heures 25!! Notre bus
est à 7 heures!!!aie aie aie!!!les bagages sont à peine faits mais on
speed, on entasse tout, on jette nos gros sacs sur le dos et on court
pour attraper un taxi. Heureusement pour nous, les bus africains ont aussi
leur petits retards et nous arrivons juste à temps. Après quelques
réflexions on avait décidé de partir pour la Mauritanie. Mais comme vous
dira n'importe quel africain ici "L'homme propose, dieu dispose" on ne sait
pas ce que ça vaut mais dieu n'a apparemment pas disposé cette fois ci.
A Nioro,la ville avant la frontière, nous prenons un taxi collectif pour
atteindre le poste frontière car les bus maliens n'ont pas l'autorisation.
Notre taxi man voulant faire un détour pour éviter le poste de police à la
sortie de la ville empreinte la piste et slalome dans la brousse, entre
les buissons épineux et les termitières géante. Il finit par se perdre, le
sahel cest bien beau mais on voudrait pas y rester! Finalement le taxi
man retrouve le goudron tout en chantant une prière. Voila que nous
arrivons au poste frontière. " Pas de visa?" "Ben... euh comme en venant on
l'a acheté à la frontière on croyait que c'était pareil ici..." "Non, ici
c est pas pareil il faut retourner à Bamako"...  Les deux comédiennes
endossent donc le rôle d'émigrées qui se font recaler à la frontière comme
des moins que rien. Ah les frontières. On attend en vain sous une espèce de
natte que quelqu'un passe à cette frontière pour nous ramener à Nioro. Pour
terminer un Français se pointe la aussi avec le même problème que nous,
"il croyait que..." et bien non. Nous retournons en taxi bredouilles à Nioro
où nous prenons la décision solennelle de continuer notre route ensemble
vers Dakar au lieu de retourner à Bamako qui se trouve à 500 kms de là et
où nous avons déjà fait nos adieux.
Dakar pas besoin de visa. Ouf. Et en tant qu'Européennes pas besoin de
bakchich non plus. Mais pour tous les autres c'est 1000 francs aux douaniers ou
tu restes. Corruption quand tu nous tient!
A Dakar nous sommes hébergées chez un ami qui fut un disciple de Hamadou
Hampate ba, grand écrivain malien, un homme âgé et très mystérieux. Un
sage respecté par tout le monde. C'est assez impressionnant.
Quant au Sénégal, il y a ici comme un goût de vacances avec le sable
blanc et les palmiers. Mais nous pensons maintenant au retour. Nous avons
aujourd'hui trainé dans le port de Dakar entre les dockers et les
containers immenses grâce à un laisser passer obtenu avec de gentils
sourires. Notre objectif ? Trouver un bateau de marchandises qui va vers
l'Europe où on pourrait travailler en échange du voyage. L'idée était
belle, mais un peu utopique il est vrai. Nous avons discutaillé dur
auprès des commissaires, des capitaines... Mais les temps ont changé. Il
faut des assurances, des contrats... ou beaucoup d'argent. Oh il y a bien
un port étrange avec des bateaux chinois et quelques conteneurs vides
prêts à accueillir du monde, mais là bas on sent vite que le toubabou ne
doit pas trop traîner. Qu'importe, on aura vraiment vu un coin étonnant
de Dakar. Différent de la ville, étonnamment occidental, avec des
buildings partout, de grandes avenues, des tas de blancs et très peu de
cours, très peu de paillotes. On est pas super fan...
Bref on rentre par la voie terrestre. Juste le temps de faire un visa
cette fois ci et on y va.
D'ailleurs on se dit à bientôt !

Claire et chloe

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05 mars 2009

Salut, salut, comment ça va ? On vous épargne la
suite, on commence à se débrouiller dans l'art des salutations à rallonge
-et pas la peine d'écouter la réponse- mais aussi le culte des parentés a
plaisanterie. Claire a été rebaptisée Traore alors elle a un cousinage a
plaisanterie avec les Diarra qui sont leurs anciens esclaves, donc dès
quelle croise undiarra cest parti pour une sequence de vannage “ mais de
toute façon c'est bien connu les Diarra ça ne sait que manger des
haricots!” (le plat du pauvre, et accessoirement la nouvelle drogue de
chloé) “ Oui mais attention les Traore vous êtes rien sans nous vos
esclaves, vous ne savez même pas laver votre propre linge” et ça peut
durer longtemps, mais c'est super sympa! Dommage que ça n'existe pas chez
nous… ça permet d'éviter de grandes querelles(enfin en France il faut y
aller pour trouver par hasard quelqu’un qui porte le même nom que toi)
Ah, autre chose : on a changé de chez nous. Ca faisait une semaine qu'on
ne pouvait plus fermer notre porte, les travaux miracle du marabout
nous avaient laissé une clé neuve sans serrure... Donc on refuse de payer
la facture d'eau. Donc à deux reprises il ferme la porte de la cours la
nuit et on est obligé de faire passer des gens par dessus le mur pour
entrer. Troisième reprise on tambourine contre la porte. Il ouvre et
hurle. Chloé répond sur le même ton.Chacun crie dans sa langue mais on se
comprend quand même. Il referme la porte mais il y a du monde dans la rue et
Chloé hurle toujours. Il réouvre, on monte pour se coucher, il entre de
force dans la chambre, prend une chaise plastique, grimpe dessus et arrache les
néons. Claire tempère Chloé, de toutes façon on se couche. Le lendemain,
grâce à l'intermédiaire de voisins traducteurs outrés par le comportement
du bonhomme le marabout veut bien "nous faire grâce" de quelques jours
pour trouver un autre logement, mais sans lumière et sans matelas. On
prend nos bagages et on va s'installer quelques mètres plus loin chez un
couple d'italiens croisé lors d'une séance de cinéma. Ils travaillent
à l'orphelinat et ont un appartement avec deux chambres et un salon :
cuisine avec frigo, vrai café, toilette avec papiers (mais ça on a du mal;
le tassalet ou petit arrosoir c'est bien plus hygiénique et plus
pratique) dans la cour de l'église. Du marabout à chez les bonnes soeurs, pas
mal pour des athées (d'ailleurs on ne s'étale pas là dessus mais notre
athéisme a été pas mal chamboulé ces derniers mois). Seconde délocalisation
: l'INA. On avait oublié de prévenir un supérieur hiérarchique de grande
famille et celui ci a demandé notre départ. On arrête les cours; on avait
commencé un projet sur la femme avec les étudiants de notre classe,
certains avaient écrit des textes super... Ca confirme notre volonté de
partir. Mais on vient quand même un dernier après-midi au grain, saluer,
dire au revoir, boire le thé.
Du coup on a le temps de faire notre visa, on était entrées sans au Mali et
depuis deux mois on étaient sans papiers. On a un beau visa d'un mois alors
qu'on quitte dans quelques jours. Il a plu une nuit et le sol a du mal à tout
absorber, ça sentait des odeurs incroyables dans la ville. On a gouté un
fruit très bizarre, le fruit de cajoux, un fruit rose rouge tout lisse, la
texture comme du chewing-gum, presque paranormal et un goût tout nouveau.
Ici la lune est l'envers, à l'horizontale puis il commence à faire très très
chaud.
Une dernière remarque... au final on sera allées à moins d’endroits que prévu.
On réfléchissait à ça en discutant avec les sympathiques troubadours qu’on
croise un peu partout à Bamako, et qui, pour certains s’envolent dans des
voyages à travers le pays afin d’en “voir le plus possible”. Y a plein de
manières de voyager. Nous on a fait durer les étapes, cela sans vraiment
sans rendre compte et en laissant plutôt les lieux (les gens) nous
retenir. On aura moins “vu” mais peut-être un peu plus “vécu”. Fin de la
remarque. Ce lundi on repart. On reprend la route. On the road again. On
ne pourra plus dire “On habite tel quartier”, on aura a nouveau notre
maisonnette surle dos. Direction la France via le Sénégal, la Mauritanie,
le Maroc et l'Espagne. Si tout va bien (“inch allah!”) C’est un peu la
dernière partie du voyage qu’on va entamer. Donc, donc à très bientôt.

Claire et Chloé

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28 février 2009

Dans les grandes lignes…
On suit toujours les répétitions de la compagnie Funu Funu, la pièce
Récupération, de Kossi Efoui dont on vous avait déjà parlé.
A force de remplacer certains rôles on commence par les connaître par
coeur, on se sent membres à part entière de la troupe. On rigole vraiment
bien et Kader est si habité par sa pièce qu'on a envie de jouer comme des
folles, de tout donner. Mais après une superbe semaine de résidence au
Centre Culturel Francais (un peu le pôle culturel de Bamako, suivi de
près par le Palais de la Culture) on a continué les répets aux quartiers
d’orange. Mais il n'y a toujours pas d’argent pour financer les acteurs,
il y a des absents à cause des différents festivals et du travail de
chacun, beaucoup de retards, tout le monde perd un peu en motivation,
le rythme des répets s’essoufle… C’est pas sûr que ce soit joué en avril, on
decide donc après de nombreuses discussions de ne pas rester jusqu’en
avril (ce qui aurait voulu dire prendre un avion, etc etc) et de partir
à la mi-mars.
Les cours à l’Institut National des Arts. Le prof au chapeau de
pécheur donne cette fois ci un cours sur le théâtre étranger. Etude
d'Antigone. Au fond de la classe nous écoutons patiemment l'exposé du
professeur qui ferait retourner Sophocle dans sa tombe. Mais c'est pas
grave ici personne n’a lu Antigone, on n'a pas les moyens pour payer
les livres. Nous nous forçons à rester silencieuses pour ne pas perturber
l'autorité du professeur. Après les cours on se pose dans les différents
“grains”(cercle où on palabre et on boit le thé) Un après midi les
guitaristes qui fond des expérimentations entre le flamenco et le
traditionnel malien, plus loin des djambes follas et danseuses, plus loin
encore les nattes bleus ou les bonshommes s’alternent pour prier face aux
salles de dessins. On va acheter des ananas ou un bissap selon notre
humeur au marché juste à la sortie de l’école puis on revient discuter
avec les profs et anciens élèves dans le grain de la marionnettiste, sous
le grand manguier de la cours. Elle reste là tout l’après midi à sculpter
des visages en papier mâché sur des cannes de bois. Ses visages sont
superbes, “je veux que les marionnettes puissent s’exprimer, comme tout le
monde.” Et puis elle leurs fait des petites nattes tandis que derrière
une moto, Bijoux (élève art dramatique troisième année) tresse une amie à
elle. Toutes les motos ici presque se ressemblent, les quelques marques
qui réussissent à s’implanter gagnent un monopole terrible. C’est aussi le
cas du bouillon de cube Maggi, d’Orange téléphone, de Coca Cola, de
Nescafé... On avait fini par s’habituer au Nescafé mais ça y est on est en
overdose, on préfère l’abstinence et se payer de temps en temps le luxe
d’un vrai café (4 x le prix, 600 f cfa,presque un euros). Par contre on
risque vraiment de criser en rentrant en France “Ou sont les cafétigui !?”
Faut imaginer… Ce sont des petites tables en bois bancales tenues par des
hommes qui doivent dormir deux heures par jour. On adore le matin, ou la
nuit en rentrant de soirèe boire un cafè au lait mousseux (deux tiers lait
concentre sucré, un tiers eau, une cuillerini de café). On en a deux juste
à côté de chez nous. L’un près de la boulangerie, avec du pain chaud et des
cassettes de bob Marley. L’autre dans une petite cabane en tôle bleue avec
une télé qui passe les infos maliennes ou des films d’actions américains.
L’autre jour "La Momie", il y a une scène avec des tas de rats qui enva-
hissent l’écran, imaginez les réactions dans le cafètigui, un noctambule
en boubou blanc en a même fait tomber son sandwich omelettes (Ca aussi
c’est délicieux). A la télé les rats font plus peur que ceux qui grouillent
à quelques metres de la. Le milieu des comèdiens est un milieu vraiment
particulier. Assez à part. Déjà la plupart parlent vraiment bien français
et les discussions dépassent vite le cadre des “Tu viens d’où ? (quelques
fois – c’est” vous êtes des Françaises de France” )?” “Tu fais quoi ? (ou
– La danse c’est bien ? car beaucoup de blancs viennent ici pour apprendre
à danser) et “Ca va la chaleur ?”… On se retrouve autour d’un bon riz gras,
d’une bonne bière à parler de tout et de rien, d’art et de bêtises… La
différence de culture se fait moins sentir, notamment sur les notions de
couples, de la femme, de la religion. On est un peu moins blancs ou noirs,
un peu moins hommes et femmes ; on est comédiens. Hier soir nous sommes
allées voir une sorte de djamel comedy club version bambara. On comprenait
pas grand chose mais on a bien rigolé quand même rien qu'en regardant les
comiques gesticuler dans tous les sens. La aussi on avait assisté à une de
leurs répet, sur les grands fauteuils rouges. Avec Michel Sangaré (grand
acteur malien, joue pour Peter Brook) qui nous a offert des sandwich pain
omelettes frites viandes (et vous reprendrez bien un beignet après ?).
Toujours le théâtre.
Grâce à Kouami, un acteur de notre troupe (un super  pote burkinabé
qui connait tous les maquis de bamako) on part jouer dans deux écoles
privées. Le public est formidable et puis on est payées. En  Afrique aussi
on peut vivre du théâtre, en tous cas dans les capitales, c'est bon à
savoir pour une prochaine fois ! Pour la dernière représentation on
décide d'intégrer les enfants à l'histoire, ça a été une sorte de jeu
interactif avec des enfants supers attentifs et morts de rire. Ils
chantaient pour consoler le petit prince, répondait aux questions et quand le
petit prince demande "à qui sont les étoiles ?" ils se lèvent et en coeur
disent : "A Allah"...

Claire et Chloé

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15 février 2009

Les cours ça avance. On adore aller rejoindre notre petite classe
d'apprentis comédiens. Même si les cours restent peu structurés il y a
vraiment une bonne dynamique et ça fait du bien de se lâcher lors des
improvisations expérimentales demandées par William. On assiste aussi au
cours théoriques sur le théâtre africain. Le prof arrive en retard dans son
costume en vieux tissus gris, coiffé d'un bonnet bleu de pêcheur du
dimanche. Il parle lentement, cherche ses mots, et par moment se met à
conter pour mieux illustrer des propos un peu vagues. Il nous parle des
origines du théâtre africain, du théâtre rituel, initiatique et du théâtre
profane. On en apprend un peu plus sur le kotéba une forme de théâtre qui
nous intrigue... C'est à quelques détails près l'équivalent africain de
notre comédia del'arte, comment les mêmes personnages, même genre
d'intrigue se retrouvent-elles dans deux continents différents, à des
époques où les noirs ignoraient tout des blancs et vice versa ? Par contre
c'est "drôle"; parmi les différents thèmes c'est le "mari trompé", "la
femme volage" (et par le contraire)... En cours, lors d'une impro, si
un élève (marié !) pelote les seins d'une autre, qu'elle crie arrête et que
personne ne réagit; qu'il vient après s'excuser auprès de chloé qui s'est
énervée c'est pour dire "au mali c'est comme ça, la femme a pas le choix,
elle aime ça". Et à côté les hommes se plaignent -à juste titre- d'avoir des
femmes matérialistes ("chérie, tu m'envoies du crédit"; nos amis peu aisés
ont du mal à trouver des copines... Bon ce sont les clichés mais les
clichés sont très répandus.

Autre chose encore. Mais théâtre toujours. Direction les quartiers
d'orange. Hangar  abandonné et ré-apprivoisé pour les artistes.
Kader, le mec un peu barge qu'on a rencontré au détour du
centre culturel français est là avec ses comédiens.  « Hey les filles,
c'est cool que vous soyez là » .  Ce mec tout maigre avec ses dreadlocks en
hérisson s'est lancé corps et âme pour monter « récupération »une pièce
de Kossi Efoui qui on dirait lui colle à la peau. Une pièce qui donne des
frissons. On assiste à une, deux, puis trois répètes et c'est parti, on
demande à Claire et Chloé de remplacer les acteurs qui manquent, de faire
des suggestions de mise en scène...Et ça fait terriblement du bien de jouer
autre chose que le Petit Prince. Enfin un jeu où on peut y aller avec nos
tripes, nos délires. Les répètes s'enchainent et Kader finit par souffler
«les filles, il faut que vous travaillez avec nous ! ».
Grand remue ménage dans notre tête donc suite à cette proposition,
et ce remue ménage à l'heure où on vous écrit n'est pas fini !
Travailler sur cette pièce voudrait dire s'investir professionnellement
dans une pièce qui serait jouée dans des lieux reconnus et importants. Mais
ça voudrait aussi dire retarder notre retour et toute nos envies d'après
voyage. Pour l'instant « ce qui est sûr , rien n'est sûr » comme on dit ici,
on prend notre petite balance et on pèse le pour et le contre.

Quant au Petit Prince, il a fait la connaissance de quelques 150 enfants
cette semaine. Nous avons joué dans une bibliothèque et dans une maison
des jeunes. A chaque fois il y a la les enfants dont il faut
attraper l'attention car ils ne comprennent pas tous les mots, les autres
qui restent là la bouche ouverte tout étonnés de voir des troubadours faire
du théâtre et les quelques uns qui suivent l'histoire très concentrés.
Mais tous ressortent contents de cet évènement qui doit être sûrement un
des premiers spectacles de théâtre de leur vie. La semaine prochaine nous
rejouons dans des écoles sûrement. Ici les professeurs sont très
demandeurs de ce genre de présentation.

Mais comme vous avez peut-être pu le comprendre le Petit Prince commence à
s'essouffler et on a envie d'expérimenter d'autres histoires, d'autres
contes. Plein d'idées et des rencontres qui nous inspirent des projets. On
va donc voir ce qu'on peu réaliser ici avec les étudiants, avec les
moyens qu'on a et surtout avec le temps qui nous reste.

Après cet intermède au cybercafé nous allons maintenant rentrer dans
notre appart bordélique,(en espérant que notre cher propriétaire
marabout n'a pas dans ses multiples travaux bizarroïdes bétonné la porte
comme il l'a fait avant-hier, sans faire exprès, prendre une douche (au seau
d'eau), faire un peu de lessive (au seau d'eau) et puis si le coeur nous en
dit savourer une bonne mangue.

Claire et Chloé
PS:Bon courage dans vos manifestations, on est de tout coeur avec vous!!!

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12 février 2009

Et la vie à Bamako continue. Même disons qu'elle se précise. Après une
semaine un peu laborieuse, avec encore en nous cette torpeur de Tombouctou
(on peut passer cinq heures dans une pièce à ne rien faire et s'étonner
que le temps soit passé si vite !) et la mauvaise tourista de Claire nous
voilà enfin installé dans un petit quotidien. Comme ils disent ici, on
devient des « autochtones ». Grace à notre ami Salif, un comédien
rencontré au festival de conte de Bobo Dioulasso, et quelques discussions
par ci par là le théâtre décolle. On suit les cours d'expression
corporelle à l'Institut National des Arts, c'est un prof cubain, nouveau
de cette année, qui donne des cours détonnants pour les élèves qui ne sont
pas habitués à ce genre d'expérimentation. Travail avec des objets (les
détourner de leurs fonctions, etc), improvisations corporelles sur de la
techno (on le remercie pour la musique, il y a certains sons qu'on avait
pas écouté depuis longtemps!), échauffement où on escalade les murs et les
chaises! Les élèves l'aiment bien et nous aussi. Ca fait vraiment du bien
de suivre les cours, ça nous fait jouer autre chose, et William le prof
est super content. C'est vrai que les élèves ici sortent peu voir des
spectacles (le coût des billets de spectacle ou au moins du transport et
puis ce n'est pas dans les habitudes) et du coup leurs sources
d'improvisations sont un peu restreintes. Il y a de grandes différences de
niveau entre les élèves et globalement les profs ne semblent pas très
exigeants. On discute avec les élèves et ils nous expliquent que le travail
du corps au théâtre se résume essentiellement à la danse. L'interprétation
théâtrale par le corps est finalement peu travaillée, à l'Ina comme au
conservatoire où nous suivons également les cours. Dans ces deux lieux les
locaux sont beaux et nous rencontrons pleins de jeunes comédiens motivés.
C'est assez sympa de prendre le bus à 7h du mat, avec nos sandwichs de
viande et nos cafés dans des sachets plastique, avec tous les étudiants
qui s'entassent sur les quelques sièges et hop roulez jeunesse jusqu'à la
colline, jusque dans la foret, où se trouve le conservatoire. Par contre
lors de notre premier cours là bas il y a eu un accident. Une fille est
tombée lors du cours d'acrobatie et il n'y a pas de médecins, pas une
seule infirmière dans toute l'école (alors qu'il y a danse etc etc!) ; on
a eu très peur mais au final tout va bien !

Claire et Chloé

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03 février 2009

Tombouctou encore et toujours… Avez vous déjà entendu parler de la ville ?
Tombouctou la mystérieuse, Tombouctou carrefour sacré et ancestral du
commerce des temps passé, Tombouctou la ville des trente trois saints… Une
chose est sûre : ça fait deux semaines qu’on essaye de partir, sans
succès. Finalement pas de bateau, finalement la pirogue coute trop cher,
finalement etc etc… On finit par se dire qu’il y a une force, qu’il y a
quelque chose de plus fort que nous qui nous accroche au sable. On ne
fait rien de nos journées. Evènement du jour : aller acheter une orange.
La peau des oranges est dure, on prend une demi heure à la peler sur notre
terrasse aux pierres sacrées (des pierres qu’on a le droit d’entreposer
nulle part ailleurs qu’à Tombouctou). On se lève on se dit : aujourd’hui
on va aller au cyber. C’est deja une grande activité. La vie est au
ralenti. La vie est si étrange. On croyait que le désert c’était le rien.
Maintenant on se dit que c’est le trop. Trop de sable, trop de ciel, trop
d’espace, trop de temps. Et tout ce trop semble régit par la Torpeur, avec
tout ce temps, tout cet espace on arrive à rien faire, à faire si peu. Les
gens passent des journées entières, assis, à boire du thé. On se dit qu’on
ne tiendra pas. On est plutot des hypers actives à la base et pourtant on
arrive à rien faire de concret. De temps en temps on a des accès de force,
quand les garçons partent à l’école, on va marcher lentement dans le
désert. On va faire du théatre absurde entre les dunes. C’est tout une
petite histoire. Ca commence par la chambre jaune. On loge donc chez le
notable sidi Ahmed, l’oncle des garçons. Il y a une petite chambre, celle
de nos deux amis, ils nous l’ont offerte. Les murs sont peint en jaune, il
y a la place pour un lit, un bureau, un petit tapis et nos deux sacs de
couchages. Il y a un vieux lagard et michard qui traine sous le bureau. Le
bureau encombrées de nos petites affaires, la chambre des garçons envahit
de notre bordel. Pourtant c’est Mizi qui laisse trainer sa créme
hydratante, nous on s’est mit à la brosse à dent en bois (une petite
branche qu’on trouve en brousse et avec laquelle on se frotte les
gencives) ; Mizi est peut être plus européen que nous, avec son obsession
de la propreté et ses polos Lacoste. Donc le Lagarde & Michard, feuilleté
vingt mille fois par jours. Une après midi (un soir comme ils disent) on
l’embarque avec nous. Et on lit du Beckett. Doucement d’abord. Une
première après midi, uen seconde, une troisième… Ce sont nos grands
moments de folie. On en avait marre du gentil petit prince et des
principes musulmans pesants. On hurle, on gesticule En Attendant Godot et
Oh les beaux jours prenent un tout autre sens (« la question est de savoir
: que faisons nous ici ? »). Bref, une expérience.  Il y a un type, les
gens disent qu’il est fou, il passe dans les rues en hurlant « Tombouctou
la ville des trois cent trente bordels par quartier » on le surnomme
Zidane. Ici si tu ne fais pas comme tout le monde c’est que tu n’es pas un
bon musulman, si tu n’es pas un bon musulman c’est forcément que tu es
fou, logique non ? Le soir, quand il est trop tard le salon où devraient
dormir les garçons est fermé.  Comme on cause, comme des fois on va boire
le thé dans les dunes, faire des courses dans le sable avec le 4x4
d’Oumar, les aider comme on peut dans leurs révisions pour leur semaine de
composition et même un soir aller dans la seule boite de Ttombouctou
ouverte tous les 36 du mois, à cause de tout ça les voilà sans logis. On
partage la chambre donc, et ça devient une habitude. Imaginez les
réactions au dehors… Le vieux qui arrête Mizi : « Tu iras en enfer si tu
continues à dormir entre elles », un autre « est-ce qu'elles sont tes sœurs
? alors ne pose pas ta main sur leurs épaules » etc etc, ça jase comme pas
possible. La jeune femme de Sidi Ahmed a 14 ans, un jour elle vient de son
village avec tout une flopée de femme. Elles n’osent pas nous saluer,
paraît il croyant nous salir. On est observées comme quelque chose de
vraiment étrange, jusque là on avait jamais été dévisagée à chaque pas
qu’on faisait, pour remplir un seau d’eau. Elles envoient les petits
passer leur tête à travers le rideau pour regarder ce qui se passe dans
notre chambre ; un matin même elles ouvrent grand la porte et reste là dix
minutes à nous observer leurs demander de partir. Ce n’est pas de la
méchanceté, juste une curiosité presque désagréable ; les garçons disent
que ce sont « des broussardes ». Les gens du villages ont encore une autre
vie que Tombouctou, des vies qu’on aurait eu du mal à imaginer il y a 3
mois de cela et qu’on ne s’imagine pas pouvoir vivre durablement ! Il y a
une autre rencontre étonnante. Un vieux touareg philosophe, marié à une
américaine, un personnage ambigu et mystique avec qui nous passons
quelques soirées en discussions intéressantes et intrigantes, presque
magiques. Mais tout ne se raconte pas. Qu’est ce qu’on pourrait raconter
de plus sur Tombouctou ? Beaucoup encore et pas grand chose. Que les rues
sont mortes à partir de dix heures, qu’avc les problèmes de rébellion au
nord il commence à y voir des conflits forts entre arabes et touaregs ;
qu’on se gave de bonbons comme des enfants qui cherchent à faire une
bêtise, qu’on a passé trois jours malades (sûrement à cause d’une loutre,
ces saucisses bizarres mais succulentes fourrées d’oignons et débris de
viandes), que c’est pas facile d’être un blanc à Tombouctou. On est
vraiment dévisagées comme touristes, un peu moins vers la fin mais les
enfants, les femmes nous harcèlent toujours pour avoir des cadeaux, il y
en a même qui nous jette des pierres. On finit par répondre n’importe quoi
: aux guides harcelants « vous êtes Francaises ? » « non Martiennes », aux
enfants « un bic, un bic » « on vient d’une autre planète, y a pas de
cadeaux là bas », aux femmes « donne moi l’argent » « est-ce qu’on a l’air
d’une banque ? ». Tombouctou est inoubliable : à la fois formidable et
exécrable. Le désert est à la fois l’infini où tout est possible et une
immense barrière qui encercle la ville, la renferme sur elle même. Jeudi
dernier on décide de partir. Irrévocablement. Si on reste on va
s’attacher, se laisser attacher, on va finir par plus pouvoir partir,
c’est presque mystique on vous dit. On achète nos billets de bus. On
organise un grand thé aux dunes pour dire au revoir à nos précieux amis. Le
matin on manque de louper le bus. Il est quel heure Mizi « 5h », que ce
soit 5h50 ou 5h05 c’est toujours cinq heures… On court et la ville se
réveille. Le bus démarre.

Et nous voila à Bamako. Une journée et une nuit de route dans un bus où
apparemment on a oublié de calculer que la longueur moyenne de la
cuisse de quelqu'un d’assis n était pas de 20 cm. Peu importe nous sommes
arrivées à destination saine et sauve avec la transition désert-ville qui
nous saute dessus.  Et malgré la nostalgie qui parfois nous mange quand
on repense a tout ceux qu'on a quitté et à toutes ces belles choses
vecues qui ne se répéteront jamais, on est heureuses de se retrouver dans la
vie sens dessus de Bamako. Et puis on devient des bamakoises à notre
manière ; on loue une piaule sur la terrasse dun bâtiment à étage tenu par
un marabout haut comme un enfant de dix ans. Cest notre première  vraie
habitation a nous et officielle (parce que des officieuses il y en a eu !)
et on est super fière de se dire quelle est à Bamako, dans le quartier de
Lafiabougou< le hameau de la paix>, un quartier ou il y a du bruit et de la
musique tout le temps, où il y a le marché bordélique à deux pas de chez nous,
où il y a des nights clubs où viennent se chauffer la voix quelques grands
griots  7 jours sur 7. Pour vous décrire notre habitation on pourrait
vous parler de la crasse qui est incrustée au sol (on a déclaré mission
impossible toute tentative de nettoyage) ou des toilettes extérieures
bouchées et des pannes d'électricité courantes, mais le plus important
c'est la belle vue sur les falaises qui entourent Bamako et sur la vie
du quartier, c’est l'espace immense et relooké à l'aide de pagnes qu'on
a pour faire du théâtre et de la musique avec nos amis musiciens
(rencontrés à Koudougou lors du festival des nuits atypiques), c'est
enfin une bicoque ou on peut inviter des amis pour boire le thé et
partager un ananas quand on veut. Bref, cest la liberté.

Le programme des jours qui viennent est deja bien chargé :
on va assister a des répétitions de théâtre avec des comédiens
maliens en tant que stagières, on va tenter une sorte de réecriture du Petit
Prince, on va se faire un plein de spectacles au centre culturel francais et
puis comme d'habitude on va torde le coup aux programmes, parce qu'ici on ne
sait jamais ce qui peut nous tomber dessus !

Il y a bien sur encore des choses qui ne rentrent pas dans les mails,
les descriptifs de la tourista et les batailles inlassables avec les
moustiques, les petits coups de blues parce qu'il y a des personnes qui nous
maquent… mais ces choses font partie des petits bas qui font pâle figure
à côté des grands hauts !

Si  un jour il vous arrive d’avoir l’envie d’entendre notre voix ou de
dépenser du crédit vous pouvez aussi nous appeler (eh ouiiiiiiiiiiiiiiiii !) :
0022375463712

A très bientôt, Claire et Chloé

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16 janvier 2009

A peine revenues à Tombouctou nous partons en bâché au village de Mizi,
Teherdji, à 35 kms de là. On a notre petite chambre en banco avec un toit en
bout de bois dans la maison de l'oncle. D'un côté le Niger, de l'autre les
champs de sorgho et d'oseille. C'est presque difficile d'écrire ce mail
tant en le relisant on se dit que c'est cliché. Le festival, puis le
village aussi. Comment vous raconter ça sans tomber dans la carte postale ?
Evidemment les gens ont des visages incroyables et des pieds aussi
craquelés que la terre, évidement les mômes nous suivent dès qu'on se
déplace, et le fleuve la nuit est comme un miroir. Evidemment c'est
incroyable. Mizi conduit une pirogue jusque sur une petite île derrière
les marigots où on va faire le thé, et le lendemain se baigner. C'est pas
facile de conduire cette pirogue, le bambou qu'on plonge dans l'eau et
lourd mais ç'est un effort agréable, au rythme de l'eau. C'est Oufène qui
à donné le feu vert en tombant à deux reprises quand il prend la pagaie
pour diriger la barque ; le soir dans le noir on est tous à l'eau, à
l'abri des regards musulmans puis mortes de rire dans notre petit chambre.
Mais par contre dehors c'est du quinze degrés le matin et après seize
heures, on vous raconte pas comme c'est dur. Tous les matins on mange des
morceaux différents du cabri qu'ils ont tué exprès pour nous, avec des
petits pains ronds cuits dans la cendre. Les spaghettis croustillent de
sable. Nos deux amis sont de sacrés bonhommes. On parle beaucoup de
religion et toutes les questions que nos différences amènent. Leur foi est
parti intégrante de leur vie, il y a certaines choses qu'on ne peut pas
s'empêcher de remettre en question et d'autres qu'il nous faut apprendre à
respecter ; qui est on pour vouloir chambouler des choses aussi fortes ?
Mais c'est toujours quelque chose d'avoir des discussions joviales soudain
interrompues par une prière. Et des détails marrants, Mizi qui reprend
Oufène parce que sa prière n'était pas au bon volume et nous qui reprenons
Mizi  « ta prière ce matin, on a bien compris au volume qu'elle voulait
dire "réveillez vous" ! ». Et puis cette notion du « bon musulman » assez
abstraite, que chacun défend à sa manière. Les contradictions entre
modernité et tradition, musulmans et occidentaux donnent souvent lieu à
des situations étonnantes. Exemple. Notre ami Oumar a un accident de 4X4
parce qu'il roulait trop vite au rythme d'un bon rap. Ca aurait pu être
mortel, du coup il doit faire un sacrifice. Cracher dans la geule d'un
mouton, tourner sept fois autour et lui manger les abats. Autre chose ;
hier soir on va danser sur les dunes et la musique touareg est crachée par
un portable. C'est génial tout de même d'entendre Mohamed Ali dire « ah
c'est bon le je m'en foutisme ». On sent qu'on se chamboule les uns les
autres ; une rencontre vraiment ça vaut tous les bouquins du monde !
Voilou voilou.
Toujours aucun problème de santé grave, toujours aucune engueulade grave
(on vit bien trop de chose pour avoir l'envie de se disputer), tout va,
tout va bien. Vous nous manquez c?est tout. On vous garantit pas l'état
dans lequel on va rentrer, si on va réussir à supporter le rythme et les
couleurs françaises mais en tous cas on envisage d'être là au mois d'avril.
D'ici là n'hésitez pas à nous parler de là bas, faudra nous faire envie
de revenir !

Claire et Chloé

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10 janvier 2009

Chers Amis.
L'aventure continue. Départ pour le désert, le festival du désert. La
petite ville touareg Essakane au milieu des dunes blanches se transforme
en carrefour musical pour les nomades du désert et les nomades occidentaux
(les touristes) venus de loin pour danser les pieds dans le sable. Pour
arriver à cette oasis festive nous avons eu la chance d'être au coeur d'un
pistonnage mystérieux qui nous a fait nous retrouver dans le bâché (4X4
avec sorte de remorque) de la femme du ministre de la culture. Avec nos
deux amis, Mizi et Oufene, nous nous retrouvons donc dans cette remorque
avec sur les genoux le mouton vivant qu'emportent ici les personnages
importants pour préparer dans leur déplacement des méchouis frais.  Nous
nous enroulons dans nos turbans pour  éviter les bourrasques de sable. Les
secousses sont inévitables, nous nous agrippons à tout ce qui passe sous
nos mains. Petits vols planés et grosse peur. Le chauffeur est un vrai
chauffard. Mais comme on dit ici : pas de panique Monique. Le mouton a
entre temps lâché ses excréments de frayeur. Sympathique. Lorsque nous
arrivons enfin, nous avons le droit à la poignée de main du ministre de la
culture qui doit se demander ce qu'on fait là ! Grâce à nos pistonnages
nous réussissons à entrer dans le festival comme des VIP, ce qui nous
permet de ne pas payer le festival (130 euros pour les blancs). Les
caravanes de dromadaires décorées des touaregs déambulent paisiblement au
milieu  des tentes de tout bord implantées un peu partout. Les concerts
commencent à la tombée de la nuit. La pleine lune est au rendez-vous, elle
est énorme ici. Les guitares lancinantes, les chants envoûtants et des
touaregs enturbannés dont on ne voit souvent que les yeux qui dansent avec
les poignets et les épaules. Il y aura Salif Keïta, Habib Koïte, Tinariwen
et tant d'autres. Ici ils ont l'art de la comparaison, en dansant claire
ressemble « à un pigeon qui voudrait s'envoler » et la poussière sur le
visage de chloé c'est « comme une chamelle morte il y a deux ans de cela».
Après les concerts nous allons boire le thé jusqu'à l'aube avec les
vendeurs ambulants avec qui nous avons sympathisé durant notre voyage
jusqu'à Tombouctou. Le festival c'est un peu le grand boom économique du
coin et les gens viennent même après quarante jours de chameaux pour se
retrouver tous ensemble à piétiner les « krams krams » - des sortes de
petites plantes, comme des minis chardons beiges qui s'aggripent à tout.
Dixit d'Adama (un des vendeurs tamachek) « le festival sans les kram kram
ce serait pas le festival. Tiens si tu veux je te vends des kram kram ».
On se dit qu'on pourrait revenir en France faire un business de kram kram
et de sable du sahara ! Le bonhomme nous rebaptise (on pourra dire que
sera notre islamisation à nous) « pendabokar » pour claire et
«bintoutchoukoutchoukou » (un petit oiseau noir et blanc qui fait du
sur place avant de piquer dans l'eau pour chercher le poisson) pour chloé

Un autre ami nous raconte son expérience d'émigré clandestin et son retour
en charter. Désormais il restera en Afrique. Mais au fil de nos causeries
la France apparaît toujours comme un paradis, difficile de sortir cette
idée de la tête de nos amis. Et pourtant? on se rappelle de cet enfant des
rues, sa boite de conserve accroché en bandoulière pour mendier, qui avait
commencé à danser en plein milieu de la rue sur de la musique qui sortait
d'une échoppe, heureux comme un roi. La première « nuit » qu'on passe ici
c'est à quatre dans notre tente minuscule ; mal tendue. Mais le « collé
serré » ça vaut toujours mieux que le froid du désert ! Le lendemain notre
autre ami Oumar arrive et là c'est plus pareil, on dort dans de grandes
tentes blanches avec comme voisinage messieurs ambassadeurs du Maroc et
d'Algérie. Le méchoui sur une natte, et toute les journées qui s'écoulent
à boire le thé sous notre arbre. On va revenir droguées du thé. C'est
rituel, c'est trois fois par jours les trois petits verres. On trouvait ça
« amusant  comme coutume » au début, puis voilà qu'on ne peux plus sans
passer? Lili, un ami passioné de philo, nous emmène en ballade voir le
village d'Essakane à quelques pas du festival. Sur le chemin on croise un
vieux touareg étrange avec des bagues roses, un turban bleu déchiré, une
gourde tissée sous un bras, sous l'autre une couverture. Il dit à Claire
« tu as la beauté de l'écriture ». Il dit à chloé « tu as un nom comme la
pointe de métal qui tape la planche de bois ». Il parle de «la diversité
des ethnies » et disparaît. C'est vrai que c'est quelque chose ici, tous
ces gens à moitié à arabe moitié touareg, songhreï, bambara et chacun
tantot fièr d'être l'un, d'être l'autre. Et le vivre ensemble ici c'est
quelque chose, c'est tout en tolérance mais chacun à sa place. Bref, On
papote, d'un côté la lune et de l'autre le soleil, tout les deux qui se
font face et même rivalisent de rondeur. « Ici si tu dis aux vieux et même
à beaucoup de jeunes, que la terre tourne ils te croiront fou. C'est vrai
que des hommes ont marché sur la lune ? ».

Claire et Chloé

Posté par maternage à 10:18 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

06 janvier 2009

Ça  y est nous sommes enfin arrivées à Tombouctou. 
La troisième étape de notre voyage.
On est ici pour retrouver des amis de là-bas et partir avec eux dans un festival
de musique touareg au cœur du désert. 
Mais c’était une vraie aventure d’arriver jusqu’ici.
Dans un premier temps on tenteBobo Dioulasso-Mopti.
Le minibus que nous avons pris jusqu’à Mopti aurait eu du mal même à aller
jusqu’à la casse chez nous, mais ici ça roule. Enfin plus ou moins.
On s’arrête en moyenne toutes les demie heures pour tripatouiller on ne sait quoi.
C’est la routine, les pneus crevés et le réservoir d’essence qui fuit est remplacé
par un système de pompe relié à un jerrycane sous les pieds du conducteur.
Il y a la débrouille des deux apprentis, Laus et Moussa. Les habits plein de
cambouis, la cigarette au bec et le sourire qui résiste à la faim et à la galère,
ce sont deux matelots qui se font exploiter par un capitaine de navire terreux.
La route est si cabossée que nous roulons à côté et malgré tout on fini par
s’habituer à cet engin qui grince de toute part et dont les amortisseurs
ont disparus depuis belle lurette. Bien sûr des fois on est « collé serré»,
mais c’est dans la joie et la bonne humeur. Au final on aura mis 25
heures pour faire quelques 900 kilomètres mais c’est pas grave on ne s’est
pas ennuyées et on a même croisé le président du Mali sur notre route !
La deuxième étape c’est Mopti-Tombouctou, une autre paire de manche.
Cette fois-ci on doit prendre des 4X4 pour atteindre Tombouctou car il n’y a pas
de route. Nous trouvons un peu à l’aveuglette un convoi et après quelques
hésitations nous commençons la route dans ces voitures impressionnantes
avec comme collègues de route des jeunes commerçants sympathiques qui se
rendent au festival pour vendre toutes sortes de bidules. Bien sûr on part
quelques paires d’heures en retard. On pense au bac qu’il faut prendre
pour traverser le fleuve Niger juste avant Tombouctou, mais après 18
heures l’activité s’arrête. La nuit tombe, on est pris par le temps et le
conducteur appuie sur le champignon pour tenter d’attraper le bac. On se
retrouve à faire de la piste de nuit à tout berzingue, on se tient comme
on peut pour ne pas se cogner au plafond à chaque bosse, mais manque de
pot, on arrive trop tard. Nous sommes à 20 bornes de Tombouctou mais le
fleuve nous coupe la route  paisiblement. Nous plantons notre tente dans
le village Bozo ( le peuple pêcheur) et passons la soirée à boire le thé
avec les commerçants entre des habitations de paille ronde et des pinasses
échouées là pour la soirée.

Maintenant Tombouctou. Nous sommes accueillies par nos amis ( rencontrés
en France) comme des reines. D’ailleurs ici, eux, sont un peu les rois. Il
y a de la richesse autour de nous : grosses voitures, grosses maisons,
ordinateurs et autres appareils technologiques... Les pères sont dans les
affaires et ça marche apparemment. Ca nous change et ça fait bizarre de se
faire laver nos vêtements par la bonne. Ici il y a trois principaux
peuples qui se mêlent : les arabes, les touaregs ( les « rouges ») et les
« noirs ». Avant les noirs étaient les esclaves (les Bella) des arabes et
mine de rien il reste des traces. Les bonnes, les gardiens sont noirs
tandis que les maîtres sont rouges. La paye permet de dire que l’esclavage
a disparu mais les dominés-dominants restent majoritairement les mêmes. On
est vraiment dans un autre monde. La culture arabo-musulmane teinte cette
ville du désert peu accessible qui attire et qui s’étire entre les dunes.
Nous faisons un tour en 4X4 pour aller boire le thé dans ces collines de
sables doux. La poussière rouge s’est éclipsée de nos pieds pour laisser
la place à présent à la poussière blanche. Nous découvrons le canal qu’à
fait construire Kadhafi pour que les bateaux puissent arriver jusqu’à son
hôtel, c’est le délire. Notre ami nous explique qu’ici les élèves ( dont
lui) payent les professeurs pour avoir des bonnes notes et pour qu’ils
ferment les yeux quand ils sèchent les cours. Apparemment dans le Coran il
n’y a pas de contre indication concernant la corruption, parce qu’ici elle
est à tous les coins de rue.  Certaines choses nous choquent dans cette
zone où la dureté masculine se fait ressentir, mais nous nous efforçons de
rester observatrices. On apprend au cours de notre voyage de ne pas juger
au premier abord, parce que comme partout on ne voit souvent que le sommet
de l’iceberg.

Claire et Chloé

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03 janvier 2009

On est en 2009, on est en 2009 ! Et, génial, pas de cahiers de cours sur
lesquels on se trompe en marquant encore 2008. Bon évidemment par chez nous
on n'a pas fêté ça au champagne, ca ne pousse pas par ici, mais à la bière
locale qui nous manquera à notre retour en France. On manque toujours un
peu de quelque chose… Le manque ce n’est rien. Faut avoir eu pour manquer,
donc pas de problèmes. « Ilkabé » comme on dit ici.

Bobo a vraiment été chouette. Dès que nous sommes arrivées nous avons
revus les conteurs que nous avions déjà rencontré. « Tonton conteur »
s’est improvisé notre papa africain et le lendemain nous intégrions le
stage de conte auprès de Toumani Kouyaté (fils de Sotigui, une grande
grande famille de griot). Il fallait quelque chose d’aussi fort et
enrichissant que ce stage pour rivaliser avec la belle vie de Koudougou et
nous éviter la déprime. On a découvert l’univers du conte et c’est
vraiment un bel univers, c’était tout un enseignement humain qu’il serait
dur de retranscrire en quelques lignes. Le conteur est pas comédien, c’est
vraiment toi en tant qu’individu qui parle. On avait face un nous un jeune
sage, pas hautain, pas distant, juste conteur qui nous a dit quelques
perles : « chaque homme, chaque conteur, doit être différent des autres,
chacun doit utiliser sa propre personnalité pour exister ». Et puis
prendre le temps bien sûr, on se rend compte qu’un conte passe plus vite
si le conteur parle lentement, « le temps c’est quand on le prend qu’on
l’a ». Ici la tradition du conte est vraiment liée à la famille ; Hassan
–un ami conteur- a prêté serment à sa famille (kouyaté toujours) qu’il
serait conteur. C’est un rôle au-delà de celui de simple artiste. Une
matinée nous sommes partis en ville chez un vieux notable, petit petit
fils du fondateur de la fameuse mosquée de Bobo. Il connaissait toute
l’histoire de la ville, de la naissance de la famille du fondateur à
maintenant. Il parlait calmement, assis, presque immobile mais avec un
visage incroyablement animés et de grandes mains, les paumes tournées vers
le ciel. Dans la cour nous écoutions ses paroles sans les comprendre, il y
avait dans l’air ce respect qui entoure les sages. Toumani traduisait.
Chaque personne ici connaît l’histoire de sa famille, les symboles, les
migrations, les ancêtres des ancêtres et encore bien avant eux ; lesquels
d’entre vous (nous deux compris) connaît le nom du père de son arrière
grand père, et même de votre arrière grand père ? Ici ils ne savent pas
toujours exactement où et quand ils sont nés mais ils savent comment  et
grâce à qui . Comment peut-on dire que l’Afrique n’a pas d’histoire ?
Comment peut-on se prétendre savant alors que les enfants ici en plus de
devoir apprendre notre histoire française, savent celle de leurs pays
depuis les origines ? Toumani disait que le gros problème du conteur
africain c’est les conjugaisons et les temps, la traduction du récit de
leurs langues maternelles à la langue française. Il disait que le gros
problème du conteur occidental c’est de ne pas assez oser, d’être bloqué
par le regard de l’autre. Sûrement. Et peut être c’est un de nos manques,
la méconnaissance de notre histoire personnelle, celle de la famille dont
on descend... Quoiqu’il en soit on se retrouve à conter en public
plusieurs fois et c’est formidable. Ce stage nous occupe toute la journée,
le soir on va à droite à gauche voir les spectacles un peu partout dans la
ville puis danser. On rencontre des tas de gens, beaucoup d’artistes,
beaucoup de comédiens, musiciens, les gens ont tous des projets ici, la
plupart ont déjà monté des tas de spectacles mais très peu arrivent à en
vivre. On pourrait passer vingt ans en Afrique en enchainant les
spectacles tant il y a de demande et d’idées !
Hier soir on a joué le Petit Prince sous un manguier, en face d’une cour.
Une ampoule pour nous éclairer . Les enfants avaient tous amené un petit
peu de cendre de chez eux pour et un petit tabouret pour se mettre à
l’aise. Avec ça on a délimité un espace autour d’une natte bleue et c’est
parti. On avait raccourcit la pièce encore, changé quelques choses dans la
structure, des passages de théâtre sont devenus du conte et les enfants
sont restés. Ils ont même demandé à causer avec nous après. Malgré
l’évolution positive de notre spectacle nous ne sommes pas encore
satisfaites, il y a encore beaucoup de boulot. Nos amis conteurs nous on
dit de changer certains mots, encore d’autre mot ; qu’est-ce que c’est «
fripé » ? « une rose » ? un « réverbère» ? « puis ces histoires de
systèmes solaires et de planètes nous ça nous dit rien du tout !  »
Bref. Après ça on discute, encore, on s’échange des proverbes « celui qui
a la diarrhée ne craint pas la nuit », où l’art du concret en Afrique ! A
ce propos c’est toujours aussi incroyable de voir les étoiles filantes
quand on va au toilette avec notre arrosoir . Ce soir nous partons pour
Mopti, on a vu le véhicule qui nous embarquera et ça risque d’être drôle…

Claire et Chloé

Posté par maternage à 17:20 - - Commentaires [0] - Permalien [#]