10 janvier 2009

Chers Amis.
L'aventure continue. Départ pour le désert, le festival du désert. La
petite ville touareg Essakane au milieu des dunes blanches se transforme
en carrefour musical pour les nomades du désert et les nomades occidentaux
(les touristes) venus de loin pour danser les pieds dans le sable. Pour
arriver à cette oasis festive nous avons eu la chance d'être au coeur d'un
pistonnage mystérieux qui nous a fait nous retrouver dans le bâché (4X4
avec sorte de remorque) de la femme du ministre de la culture. Avec nos
deux amis, Mizi et Oufene, nous nous retrouvons donc dans cette remorque
avec sur les genoux le mouton vivant qu'emportent ici les personnages
importants pour préparer dans leur déplacement des méchouis frais.  Nous
nous enroulons dans nos turbans pour  éviter les bourrasques de sable. Les
secousses sont inévitables, nous nous agrippons à tout ce qui passe sous
nos mains. Petits vols planés et grosse peur. Le chauffeur est un vrai
chauffard. Mais comme on dit ici : pas de panique Monique. Le mouton a
entre temps lâché ses excréments de frayeur. Sympathique. Lorsque nous
arrivons enfin, nous avons le droit à la poignée de main du ministre de la
culture qui doit se demander ce qu'on fait là ! Grâce à nos pistonnages
nous réussissons à entrer dans le festival comme des VIP, ce qui nous
permet de ne pas payer le festival (130 euros pour les blancs). Les
caravanes de dromadaires décorées des touaregs déambulent paisiblement au
milieu  des tentes de tout bord implantées un peu partout. Les concerts
commencent à la tombée de la nuit. La pleine lune est au rendez-vous, elle
est énorme ici. Les guitares lancinantes, les chants envoûtants et des
touaregs enturbannés dont on ne voit souvent que les yeux qui dansent avec
les poignets et les épaules. Il y aura Salif Keïta, Habib Koïte, Tinariwen
et tant d'autres. Ici ils ont l'art de la comparaison, en dansant claire
ressemble « à un pigeon qui voudrait s'envoler » et la poussière sur le
visage de chloé c'est « comme une chamelle morte il y a deux ans de cela».
Après les concerts nous allons boire le thé jusqu'à l'aube avec les
vendeurs ambulants avec qui nous avons sympathisé durant notre voyage
jusqu'à Tombouctou. Le festival c'est un peu le grand boom économique du
coin et les gens viennent même après quarante jours de chameaux pour se
retrouver tous ensemble à piétiner les « krams krams » - des sortes de
petites plantes, comme des minis chardons beiges qui s'aggripent à tout.
Dixit d'Adama (un des vendeurs tamachek) « le festival sans les kram kram
ce serait pas le festival. Tiens si tu veux je te vends des kram kram ».
On se dit qu'on pourrait revenir en France faire un business de kram kram
et de sable du sahara ! Le bonhomme nous rebaptise (on pourra dire que
sera notre islamisation à nous) « pendabokar » pour claire et
«bintoutchoukoutchoukou » (un petit oiseau noir et blanc qui fait du
sur place avant de piquer dans l'eau pour chercher le poisson) pour chloé

Un autre ami nous raconte son expérience d'émigré clandestin et son retour
en charter. Désormais il restera en Afrique. Mais au fil de nos causeries
la France apparaît toujours comme un paradis, difficile de sortir cette
idée de la tête de nos amis. Et pourtant? on se rappelle de cet enfant des
rues, sa boite de conserve accroché en bandoulière pour mendier, qui avait
commencé à danser en plein milieu de la rue sur de la musique qui sortait
d'une échoppe, heureux comme un roi. La première « nuit » qu'on passe ici
c'est à quatre dans notre tente minuscule ; mal tendue. Mais le « collé
serré » ça vaut toujours mieux que le froid du désert ! Le lendemain notre
autre ami Oumar arrive et là c'est plus pareil, on dort dans de grandes
tentes blanches avec comme voisinage messieurs ambassadeurs du Maroc et
d'Algérie. Le méchoui sur une natte, et toute les journées qui s'écoulent
à boire le thé sous notre arbre. On va revenir droguées du thé. C'est
rituel, c'est trois fois par jours les trois petits verres. On trouvait ça
« amusant  comme coutume » au début, puis voilà qu'on ne peux plus sans
passer? Lili, un ami passioné de philo, nous emmène en ballade voir le
village d'Essakane à quelques pas du festival. Sur le chemin on croise un
vieux touareg étrange avec des bagues roses, un turban bleu déchiré, une
gourde tissée sous un bras, sous l'autre une couverture. Il dit à Claire
« tu as la beauté de l'écriture ». Il dit à chloé « tu as un nom comme la
pointe de métal qui tape la planche de bois ». Il parle de «la diversité
des ethnies » et disparaît. C'est vrai que c'est quelque chose ici, tous
ces gens à moitié à arabe moitié touareg, songhreï, bambara et chacun
tantot fièr d'être l'un, d'être l'autre. Et le vivre ensemble ici c'est
quelque chose, c'est tout en tolérance mais chacun à sa place. Bref, On
papote, d'un côté la lune et de l'autre le soleil, tout les deux qui se
font face et même rivalisent de rondeur. « Ici si tu dis aux vieux et même
à beaucoup de jeunes, que la terre tourne ils te croiront fou. C'est vrai
que des hommes ont marché sur la lune ? ».

Claire et Chloé

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