16 janvier 2009

A peine revenues à Tombouctou nous partons en bâché au village de Mizi,
Teherdji, à 35 kms de là. On a notre petite chambre en banco avec un toit en
bout de bois dans la maison de l'oncle. D'un côté le Niger, de l'autre les
champs de sorgho et d'oseille. C'est presque difficile d'écrire ce mail
tant en le relisant on se dit que c'est cliché. Le festival, puis le
village aussi. Comment vous raconter ça sans tomber dans la carte postale ?
Evidemment les gens ont des visages incroyables et des pieds aussi
craquelés que la terre, évidement les mômes nous suivent dès qu'on se
déplace, et le fleuve la nuit est comme un miroir. Evidemment c'est
incroyable. Mizi conduit une pirogue jusque sur une petite île derrière
les marigots où on va faire le thé, et le lendemain se baigner. C'est pas
facile de conduire cette pirogue, le bambou qu'on plonge dans l'eau et
lourd mais ç'est un effort agréable, au rythme de l'eau. C'est Oufène qui
à donné le feu vert en tombant à deux reprises quand il prend la pagaie
pour diriger la barque ; le soir dans le noir on est tous à l'eau, à
l'abri des regards musulmans puis mortes de rire dans notre petit chambre.
Mais par contre dehors c'est du quinze degrés le matin et après seize
heures, on vous raconte pas comme c'est dur. Tous les matins on mange des
morceaux différents du cabri qu'ils ont tué exprès pour nous, avec des
petits pains ronds cuits dans la cendre. Les spaghettis croustillent de
sable. Nos deux amis sont de sacrés bonhommes. On parle beaucoup de
religion et toutes les questions que nos différences amènent. Leur foi est
parti intégrante de leur vie, il y a certaines choses qu'on ne peut pas
s'empêcher de remettre en question et d'autres qu'il nous faut apprendre à
respecter ; qui est on pour vouloir chambouler des choses aussi fortes ?
Mais c'est toujours quelque chose d'avoir des discussions joviales soudain
interrompues par une prière. Et des détails marrants, Mizi qui reprend
Oufène parce que sa prière n'était pas au bon volume et nous qui reprenons
Mizi  « ta prière ce matin, on a bien compris au volume qu'elle voulait
dire "réveillez vous" ! ». Et puis cette notion du « bon musulman » assez
abstraite, que chacun défend à sa manière. Les contradictions entre
modernité et tradition, musulmans et occidentaux donnent souvent lieu à
des situations étonnantes. Exemple. Notre ami Oumar a un accident de 4X4
parce qu'il roulait trop vite au rythme d'un bon rap. Ca aurait pu être
mortel, du coup il doit faire un sacrifice. Cracher dans la geule d'un
mouton, tourner sept fois autour et lui manger les abats. Autre chose ;
hier soir on va danser sur les dunes et la musique touareg est crachée par
un portable. C'est génial tout de même d'entendre Mohamed Ali dire « ah
c'est bon le je m'en foutisme ». On sent qu'on se chamboule les uns les
autres ; une rencontre vraiment ça vaut tous les bouquins du monde !
Voilou voilou.
Toujours aucun problème de santé grave, toujours aucune engueulade grave
(on vit bien trop de chose pour avoir l'envie de se disputer), tout va,
tout va bien. Vous nous manquez c?est tout. On vous garantit pas l'état
dans lequel on va rentrer, si on va réussir à supporter le rythme et les
couleurs françaises mais en tous cas on envisage d'être là au mois d'avril.
D'ici là n'hésitez pas à nous parler de là bas, faudra nous faire envie
de revenir !

Claire et Chloé

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