15 février 2009

Les cours ça avance. On adore aller rejoindre notre petite classe
d'apprentis comédiens. Même si les cours restent peu structurés il y a
vraiment une bonne dynamique et ça fait du bien de se lâcher lors des
improvisations expérimentales demandées par William. On assiste aussi au
cours théoriques sur le théâtre africain. Le prof arrive en retard dans son
costume en vieux tissus gris, coiffé d'un bonnet bleu de pêcheur du
dimanche. Il parle lentement, cherche ses mots, et par moment se met à
conter pour mieux illustrer des propos un peu vagues. Il nous parle des
origines du théâtre africain, du théâtre rituel, initiatique et du théâtre
profane. On en apprend un peu plus sur le kotéba une forme de théâtre qui
nous intrigue... C'est à quelques détails près l'équivalent africain de
notre comédia del'arte, comment les mêmes personnages, même genre
d'intrigue se retrouvent-elles dans deux continents différents, à des
époques où les noirs ignoraient tout des blancs et vice versa ? Par contre
c'est "drôle"; parmi les différents thèmes c'est le "mari trompé", "la
femme volage" (et par le contraire)... En cours, lors d'une impro, si
un élève (marié !) pelote les seins d'une autre, qu'elle crie arrête et que
personne ne réagit; qu'il vient après s'excuser auprès de chloé qui s'est
énervée c'est pour dire "au mali c'est comme ça, la femme a pas le choix,
elle aime ça". Et à côté les hommes se plaignent -à juste titre- d'avoir des
femmes matérialistes ("chérie, tu m'envoies du crédit"; nos amis peu aisés
ont du mal à trouver des copines... Bon ce sont les clichés mais les
clichés sont très répandus.

Autre chose encore. Mais théâtre toujours. Direction les quartiers
d'orange. Hangar  abandonné et ré-apprivoisé pour les artistes.
Kader, le mec un peu barge qu'on a rencontré au détour du
centre culturel français est là avec ses comédiens.  « Hey les filles,
c'est cool que vous soyez là » .  Ce mec tout maigre avec ses dreadlocks en
hérisson s'est lancé corps et âme pour monter « récupération »une pièce
de Kossi Efoui qui on dirait lui colle à la peau. Une pièce qui donne des
frissons. On assiste à une, deux, puis trois répètes et c'est parti, on
demande à Claire et Chloé de remplacer les acteurs qui manquent, de faire
des suggestions de mise en scène...Et ça fait terriblement du bien de jouer
autre chose que le Petit Prince. Enfin un jeu où on peut y aller avec nos
tripes, nos délires. Les répètes s'enchainent et Kader finit par souffler
«les filles, il faut que vous travaillez avec nous ! ».
Grand remue ménage dans notre tête donc suite à cette proposition,
et ce remue ménage à l'heure où on vous écrit n'est pas fini !
Travailler sur cette pièce voudrait dire s'investir professionnellement
dans une pièce qui serait jouée dans des lieux reconnus et importants. Mais
ça voudrait aussi dire retarder notre retour et toute nos envies d'après
voyage. Pour l'instant « ce qui est sûr , rien n'est sûr » comme on dit ici,
on prend notre petite balance et on pèse le pour et le contre.

Quant au Petit Prince, il a fait la connaissance de quelques 150 enfants
cette semaine. Nous avons joué dans une bibliothèque et dans une maison
des jeunes. A chaque fois il y a la les enfants dont il faut
attraper l'attention car ils ne comprennent pas tous les mots, les autres
qui restent là la bouche ouverte tout étonnés de voir des troubadours faire
du théâtre et les quelques uns qui suivent l'histoire très concentrés.
Mais tous ressortent contents de cet évènement qui doit être sûrement un
des premiers spectacles de théâtre de leur vie. La semaine prochaine nous
rejouons dans des écoles sûrement. Ici les professeurs sont très
demandeurs de ce genre de présentation.

Mais comme vous avez peut-être pu le comprendre le Petit Prince commence à
s'essouffler et on a envie d'expérimenter d'autres histoires, d'autres
contes. Plein d'idées et des rencontres qui nous inspirent des projets. On
va donc voir ce qu'on peu réaliser ici avec les étudiants, avec les
moyens qu'on a et surtout avec le temps qui nous reste.

Après cet intermède au cybercafé nous allons maintenant rentrer dans
notre appart bordélique,(en espérant que notre cher propriétaire
marabout n'a pas dans ses multiples travaux bizarroïdes bétonné la porte
comme il l'a fait avant-hier, sans faire exprès, prendre une douche (au seau
d'eau), faire un peu de lessive (au seau d'eau) et puis si le coeur nous en
dit savourer une bonne mangue.

Claire et Chloé
PS:Bon courage dans vos manifestations, on est de tout coeur avec vous!!!

Posté par maternage à 12:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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