28 février 2009

Dans les grandes lignes…
On suit toujours les répétitions de la compagnie Funu Funu, la pièce
Récupération, de Kossi Efoui dont on vous avait déjà parlé.
A force de remplacer certains rôles on commence par les connaître par
coeur, on se sent membres à part entière de la troupe. On rigole vraiment
bien et Kader est si habité par sa pièce qu'on a envie de jouer comme des
folles, de tout donner. Mais après une superbe semaine de résidence au
Centre Culturel Francais (un peu le pôle culturel de Bamako, suivi de
près par le Palais de la Culture) on a continué les répets aux quartiers
d’orange. Mais il n'y a toujours pas d’argent pour financer les acteurs,
il y a des absents à cause des différents festivals et du travail de
chacun, beaucoup de retards, tout le monde perd un peu en motivation,
le rythme des répets s’essoufle… C’est pas sûr que ce soit joué en avril, on
decide donc après de nombreuses discussions de ne pas rester jusqu’en
avril (ce qui aurait voulu dire prendre un avion, etc etc) et de partir
à la mi-mars.
Les cours à l’Institut National des Arts. Le prof au chapeau de
pécheur donne cette fois ci un cours sur le théâtre étranger. Etude
d'Antigone. Au fond de la classe nous écoutons patiemment l'exposé du
professeur qui ferait retourner Sophocle dans sa tombe. Mais c'est pas
grave ici personne n’a lu Antigone, on n'a pas les moyens pour payer
les livres. Nous nous forçons à rester silencieuses pour ne pas perturber
l'autorité du professeur. Après les cours on se pose dans les différents
“grains”(cercle où on palabre et on boit le thé) Un après midi les
guitaristes qui fond des expérimentations entre le flamenco et le
traditionnel malien, plus loin des djambes follas et danseuses, plus loin
encore les nattes bleus ou les bonshommes s’alternent pour prier face aux
salles de dessins. On va acheter des ananas ou un bissap selon notre
humeur au marché juste à la sortie de l’école puis on revient discuter
avec les profs et anciens élèves dans le grain de la marionnettiste, sous
le grand manguier de la cours. Elle reste là tout l’après midi à sculpter
des visages en papier mâché sur des cannes de bois. Ses visages sont
superbes, “je veux que les marionnettes puissent s’exprimer, comme tout le
monde.” Et puis elle leurs fait des petites nattes tandis que derrière
une moto, Bijoux (élève art dramatique troisième année) tresse une amie à
elle. Toutes les motos ici presque se ressemblent, les quelques marques
qui réussissent à s’implanter gagnent un monopole terrible. C’est aussi le
cas du bouillon de cube Maggi, d’Orange téléphone, de Coca Cola, de
Nescafé... On avait fini par s’habituer au Nescafé mais ça y est on est en
overdose, on préfère l’abstinence et se payer de temps en temps le luxe
d’un vrai café (4 x le prix, 600 f cfa,presque un euros). Par contre on
risque vraiment de criser en rentrant en France “Ou sont les cafétigui !?”
Faut imaginer… Ce sont des petites tables en bois bancales tenues par des
hommes qui doivent dormir deux heures par jour. On adore le matin, ou la
nuit en rentrant de soirèe boire un cafè au lait mousseux (deux tiers lait
concentre sucré, un tiers eau, une cuillerini de café). On en a deux juste
à côté de chez nous. L’un près de la boulangerie, avec du pain chaud et des
cassettes de bob Marley. L’autre dans une petite cabane en tôle bleue avec
une télé qui passe les infos maliennes ou des films d’actions américains.
L’autre jour "La Momie", il y a une scène avec des tas de rats qui enva-
hissent l’écran, imaginez les réactions dans le cafètigui, un noctambule
en boubou blanc en a même fait tomber son sandwich omelettes (Ca aussi
c’est délicieux). A la télé les rats font plus peur que ceux qui grouillent
à quelques metres de la. Le milieu des comèdiens est un milieu vraiment
particulier. Assez à part. Déjà la plupart parlent vraiment bien français
et les discussions dépassent vite le cadre des “Tu viens d’où ? (quelques
fois – c’est” vous êtes des Françaises de France” )?” “Tu fais quoi ? (ou
– La danse c’est bien ? car beaucoup de blancs viennent ici pour apprendre
à danser) et “Ca va la chaleur ?”… On se retrouve autour d’un bon riz gras,
d’une bonne bière à parler de tout et de rien, d’art et de bêtises… La
différence de culture se fait moins sentir, notamment sur les notions de
couples, de la femme, de la religion. On est un peu moins blancs ou noirs,
un peu moins hommes et femmes ; on est comédiens. Hier soir nous sommes
allées voir une sorte de djamel comedy club version bambara. On comprenait
pas grand chose mais on a bien rigolé quand même rien qu'en regardant les
comiques gesticuler dans tous les sens. La aussi on avait assisté à une de
leurs répet, sur les grands fauteuils rouges. Avec Michel Sangaré (grand
acteur malien, joue pour Peter Brook) qui nous a offert des sandwich pain
omelettes frites viandes (et vous reprendrez bien un beignet après ?).
Toujours le théâtre.
Grâce à Kouami, un acteur de notre troupe (un super  pote burkinabé
qui connait tous les maquis de bamako) on part jouer dans deux écoles
privées. Le public est formidable et puis on est payées. En  Afrique aussi
on peut vivre du théâtre, en tous cas dans les capitales, c'est bon à
savoir pour une prochaine fois ! Pour la dernière représentation on
décide d'intégrer les enfants à l'histoire, ça a été une sorte de jeu
interactif avec des enfants supers attentifs et morts de rire. Ils
chantaient pour consoler le petit prince, répondait aux questions et quand le
petit prince demande "à qui sont les étoiles ?" ils se lèvent et en coeur
disent : "A Allah"...

Claire et Chloé

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