03 janvier 2009

On est en 2009, on est en 2009 ! Et, génial, pas de cahiers de cours sur
lesquels on se trompe en marquant encore 2008. Bon évidemment par chez nous
on n'a pas fêté ça au champagne, ca ne pousse pas par ici, mais à la bière
locale qui nous manquera à notre retour en France. On manque toujours un
peu de quelque chose… Le manque ce n’est rien. Faut avoir eu pour manquer,
donc pas de problèmes. « Ilkabé » comme on dit ici.

Bobo a vraiment été chouette. Dès que nous sommes arrivées nous avons
revus les conteurs que nous avions déjà rencontré. « Tonton conteur »
s’est improvisé notre papa africain et le lendemain nous intégrions le
stage de conte auprès de Toumani Kouyaté (fils de Sotigui, une grande
grande famille de griot). Il fallait quelque chose d’aussi fort et
enrichissant que ce stage pour rivaliser avec la belle vie de Koudougou et
nous éviter la déprime. On a découvert l’univers du conte et c’est
vraiment un bel univers, c’était tout un enseignement humain qu’il serait
dur de retranscrire en quelques lignes. Le conteur est pas comédien, c’est
vraiment toi en tant qu’individu qui parle. On avait face un nous un jeune
sage, pas hautain, pas distant, juste conteur qui nous a dit quelques
perles : « chaque homme, chaque conteur, doit être différent des autres,
chacun doit utiliser sa propre personnalité pour exister ». Et puis
prendre le temps bien sûr, on se rend compte qu’un conte passe plus vite
si le conteur parle lentement, « le temps c’est quand on le prend qu’on
l’a ». Ici la tradition du conte est vraiment liée à la famille ; Hassan
–un ami conteur- a prêté serment à sa famille (kouyaté toujours) qu’il
serait conteur. C’est un rôle au-delà de celui de simple artiste. Une
matinée nous sommes partis en ville chez un vieux notable, petit petit
fils du fondateur de la fameuse mosquée de Bobo. Il connaissait toute
l’histoire de la ville, de la naissance de la famille du fondateur à
maintenant. Il parlait calmement, assis, presque immobile mais avec un
visage incroyablement animés et de grandes mains, les paumes tournées vers
le ciel. Dans la cour nous écoutions ses paroles sans les comprendre, il y
avait dans l’air ce respect qui entoure les sages. Toumani traduisait.
Chaque personne ici connaît l’histoire de sa famille, les symboles, les
migrations, les ancêtres des ancêtres et encore bien avant eux ; lesquels
d’entre vous (nous deux compris) connaît le nom du père de son arrière
grand père, et même de votre arrière grand père ? Ici ils ne savent pas
toujours exactement où et quand ils sont nés mais ils savent comment  et
grâce à qui . Comment peut-on dire que l’Afrique n’a pas d’histoire ?
Comment peut-on se prétendre savant alors que les enfants ici en plus de
devoir apprendre notre histoire française, savent celle de leurs pays
depuis les origines ? Toumani disait que le gros problème du conteur
africain c’est les conjugaisons et les temps, la traduction du récit de
leurs langues maternelles à la langue française. Il disait que le gros
problème du conteur occidental c’est de ne pas assez oser, d’être bloqué
par le regard de l’autre. Sûrement. Et peut être c’est un de nos manques,
la méconnaissance de notre histoire personnelle, celle de la famille dont
on descend... Quoiqu’il en soit on se retrouve à conter en public
plusieurs fois et c’est formidable. Ce stage nous occupe toute la journée,
le soir on va à droite à gauche voir les spectacles un peu partout dans la
ville puis danser. On rencontre des tas de gens, beaucoup d’artistes,
beaucoup de comédiens, musiciens, les gens ont tous des projets ici, la
plupart ont déjà monté des tas de spectacles mais très peu arrivent à en
vivre. On pourrait passer vingt ans en Afrique en enchainant les
spectacles tant il y a de demande et d’idées !
Hier soir on a joué le Petit Prince sous un manguier, en face d’une cour.
Une ampoule pour nous éclairer . Les enfants avaient tous amené un petit
peu de cendre de chez eux pour et un petit tabouret pour se mettre à
l’aise. Avec ça on a délimité un espace autour d’une natte bleue et c’est
parti. On avait raccourcit la pièce encore, changé quelques choses dans la
structure, des passages de théâtre sont devenus du conte et les enfants
sont restés. Ils ont même demandé à causer avec nous après. Malgré
l’évolution positive de notre spectacle nous ne sommes pas encore
satisfaites, il y a encore beaucoup de boulot. Nos amis conteurs nous on
dit de changer certains mots, encore d’autre mot ; qu’est-ce que c’est «
fripé » ? « une rose » ? un « réverbère» ? « puis ces histoires de
systèmes solaires et de planètes nous ça nous dit rien du tout !  »
Bref. Après ça on discute, encore, on s’échange des proverbes « celui qui
a la diarrhée ne craint pas la nuit », où l’art du concret en Afrique ! A
ce propos c’est toujours aussi incroyable de voir les étoiles filantes
quand on va au toilette avec notre arrosoir . Ce soir nous partons pour
Mopti, on a vu le véhicule qui nous embarquera et ça risque d’être drôle…

Claire et Chloé

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