03 février 2009

Tombouctou encore et toujours… Avez vous déjà entendu parler de la ville ?
Tombouctou la mystérieuse, Tombouctou carrefour sacré et ancestral du
commerce des temps passé, Tombouctou la ville des trente trois saints… Une
chose est sûre : ça fait deux semaines qu’on essaye de partir, sans
succès. Finalement pas de bateau, finalement la pirogue coute trop cher,
finalement etc etc… On finit par se dire qu’il y a une force, qu’il y a
quelque chose de plus fort que nous qui nous accroche au sable. On ne
fait rien de nos journées. Evènement du jour : aller acheter une orange.
La peau des oranges est dure, on prend une demi heure à la peler sur notre
terrasse aux pierres sacrées (des pierres qu’on a le droit d’entreposer
nulle part ailleurs qu’à Tombouctou). On se lève on se dit : aujourd’hui
on va aller au cyber. C’est deja une grande activité. La vie est au
ralenti. La vie est si étrange. On croyait que le désert c’était le rien.
Maintenant on se dit que c’est le trop. Trop de sable, trop de ciel, trop
d’espace, trop de temps. Et tout ce trop semble régit par la Torpeur, avec
tout ce temps, tout cet espace on arrive à rien faire, à faire si peu. Les
gens passent des journées entières, assis, à boire du thé. On se dit qu’on
ne tiendra pas. On est plutot des hypers actives à la base et pourtant on
arrive à rien faire de concret. De temps en temps on a des accès de force,
quand les garçons partent à l’école, on va marcher lentement dans le
désert. On va faire du théatre absurde entre les dunes. C’est tout une
petite histoire. Ca commence par la chambre jaune. On loge donc chez le
notable sidi Ahmed, l’oncle des garçons. Il y a une petite chambre, celle
de nos deux amis, ils nous l’ont offerte. Les murs sont peint en jaune, il
y a la place pour un lit, un bureau, un petit tapis et nos deux sacs de
couchages. Il y a un vieux lagard et michard qui traine sous le bureau. Le
bureau encombrées de nos petites affaires, la chambre des garçons envahit
de notre bordel. Pourtant c’est Mizi qui laisse trainer sa créme
hydratante, nous on s’est mit à la brosse à dent en bois (une petite
branche qu’on trouve en brousse et avec laquelle on se frotte les
gencives) ; Mizi est peut être plus européen que nous, avec son obsession
de la propreté et ses polos Lacoste. Donc le Lagarde & Michard, feuilleté
vingt mille fois par jours. Une après midi (un soir comme ils disent) on
l’embarque avec nous. Et on lit du Beckett. Doucement d’abord. Une
première après midi, uen seconde, une troisième… Ce sont nos grands
moments de folie. On en avait marre du gentil petit prince et des
principes musulmans pesants. On hurle, on gesticule En Attendant Godot et
Oh les beaux jours prenent un tout autre sens (« la question est de savoir
: que faisons nous ici ? »). Bref, une expérience.  Il y a un type, les
gens disent qu’il est fou, il passe dans les rues en hurlant « Tombouctou
la ville des trois cent trente bordels par quartier » on le surnomme
Zidane. Ici si tu ne fais pas comme tout le monde c’est que tu n’es pas un
bon musulman, si tu n’es pas un bon musulman c’est forcément que tu es
fou, logique non ? Le soir, quand il est trop tard le salon où devraient
dormir les garçons est fermé.  Comme on cause, comme des fois on va boire
le thé dans les dunes, faire des courses dans le sable avec le 4x4
d’Oumar, les aider comme on peut dans leurs révisions pour leur semaine de
composition et même un soir aller dans la seule boite de Ttombouctou
ouverte tous les 36 du mois, à cause de tout ça les voilà sans logis. On
partage la chambre donc, et ça devient une habitude. Imaginez les
réactions au dehors… Le vieux qui arrête Mizi : « Tu iras en enfer si tu
continues à dormir entre elles », un autre « est-ce qu'elles sont tes sœurs
? alors ne pose pas ta main sur leurs épaules » etc etc, ça jase comme pas
possible. La jeune femme de Sidi Ahmed a 14 ans, un jour elle vient de son
village avec tout une flopée de femme. Elles n’osent pas nous saluer,
paraît il croyant nous salir. On est observées comme quelque chose de
vraiment étrange, jusque là on avait jamais été dévisagée à chaque pas
qu’on faisait, pour remplir un seau d’eau. Elles envoient les petits
passer leur tête à travers le rideau pour regarder ce qui se passe dans
notre chambre ; un matin même elles ouvrent grand la porte et reste là dix
minutes à nous observer leurs demander de partir. Ce n’est pas de la
méchanceté, juste une curiosité presque désagréable ; les garçons disent
que ce sont « des broussardes ». Les gens du villages ont encore une autre
vie que Tombouctou, des vies qu’on aurait eu du mal à imaginer il y a 3
mois de cela et qu’on ne s’imagine pas pouvoir vivre durablement ! Il y a
une autre rencontre étonnante. Un vieux touareg philosophe, marié à une
américaine, un personnage ambigu et mystique avec qui nous passons
quelques soirées en discussions intéressantes et intrigantes, presque
magiques. Mais tout ne se raconte pas. Qu’est ce qu’on pourrait raconter
de plus sur Tombouctou ? Beaucoup encore et pas grand chose. Que les rues
sont mortes à partir de dix heures, qu’avc les problèmes de rébellion au
nord il commence à y voir des conflits forts entre arabes et touaregs ;
qu’on se gave de bonbons comme des enfants qui cherchent à faire une
bêtise, qu’on a passé trois jours malades (sûrement à cause d’une loutre,
ces saucisses bizarres mais succulentes fourrées d’oignons et débris de
viandes), que c’est pas facile d’être un blanc à Tombouctou. On est
vraiment dévisagées comme touristes, un peu moins vers la fin mais les
enfants, les femmes nous harcèlent toujours pour avoir des cadeaux, il y
en a même qui nous jette des pierres. On finit par répondre n’importe quoi
: aux guides harcelants « vous êtes Francaises ? » « non Martiennes », aux
enfants « un bic, un bic » « on vient d’une autre planète, y a pas de
cadeaux là bas », aux femmes « donne moi l’argent » « est-ce qu’on a l’air
d’une banque ? ». Tombouctou est inoubliable : à la fois formidable et
exécrable. Le désert est à la fois l’infini où tout est possible et une
immense barrière qui encercle la ville, la renferme sur elle même. Jeudi
dernier on décide de partir. Irrévocablement. Si on reste on va
s’attacher, se laisser attacher, on va finir par plus pouvoir partir,
c’est presque mystique on vous dit. On achète nos billets de bus. On
organise un grand thé aux dunes pour dire au revoir à nos précieux amis. Le
matin on manque de louper le bus. Il est quel heure Mizi « 5h », que ce
soit 5h50 ou 5h05 c’est toujours cinq heures… On court et la ville se
réveille. Le bus démarre.

Et nous voila à Bamako. Une journée et une nuit de route dans un bus où
apparemment on a oublié de calculer que la longueur moyenne de la
cuisse de quelqu'un d’assis n était pas de 20 cm. Peu importe nous sommes
arrivées à destination saine et sauve avec la transition désert-ville qui
nous saute dessus.  Et malgré la nostalgie qui parfois nous mange quand
on repense a tout ceux qu'on a quitté et à toutes ces belles choses
vecues qui ne se répéteront jamais, on est heureuses de se retrouver dans la
vie sens dessus de Bamako. Et puis on devient des bamakoises à notre
manière ; on loue une piaule sur la terrasse dun bâtiment à étage tenu par
un marabout haut comme un enfant de dix ans. Cest notre première  vraie
habitation a nous et officielle (parce que des officieuses il y en a eu !)
et on est super fière de se dire quelle est à Bamako, dans le quartier de
Lafiabougou< le hameau de la paix>, un quartier ou il y a du bruit et de la
musique tout le temps, où il y a le marché bordélique à deux pas de chez nous,
où il y a des nights clubs où viennent se chauffer la voix quelques grands
griots  7 jours sur 7. Pour vous décrire notre habitation on pourrait
vous parler de la crasse qui est incrustée au sol (on a déclaré mission
impossible toute tentative de nettoyage) ou des toilettes extérieures
bouchées et des pannes d'électricité courantes, mais le plus important
c'est la belle vue sur les falaises qui entourent Bamako et sur la vie
du quartier, c’est l'espace immense et relooké à l'aide de pagnes qu'on
a pour faire du théâtre et de la musique avec nos amis musiciens
(rencontrés à Koudougou lors du festival des nuits atypiques), c'est
enfin une bicoque ou on peut inviter des amis pour boire le thé et
partager un ananas quand on veut. Bref, cest la liberté.

Le programme des jours qui viennent est deja bien chargé :
on va assister a des répétitions de théâtre avec des comédiens
maliens en tant que stagières, on va tenter une sorte de réecriture du Petit
Prince, on va se faire un plein de spectacles au centre culturel francais et
puis comme d'habitude on va torde le coup aux programmes, parce qu'ici on ne
sait jamais ce qui peut nous tomber dessus !

Il y a bien sur encore des choses qui ne rentrent pas dans les mails,
les descriptifs de la tourista et les batailles inlassables avec les
moustiques, les petits coups de blues parce qu'il y a des personnes qui nous
maquent… mais ces choses font partie des petits bas qui font pâle figure
à côté des grands hauts !

Si  un jour il vous arrive d’avoir l’envie d’entendre notre voix ou de
dépenser du crédit vous pouvez aussi nous appeler (eh ouiiiiiiiiiiiiiiiii !) :
0022375463712

A très bientôt, Claire et Chloé

Posté par maternage à 11:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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