Le bus devrait partir à 8h… Sur l’horloge africaine il est dix heures. On
prend un café (nescafé, ça n’existe pas le café ici), on a un peu de temps
pour se rappeler nos derniers jours à Koudougou…
On est revenu pour voir les amis alors on ne fait rien d’autre que ça. On
va chez les uns, chez les autres, ça nous prend deux heures pour aller
d’une cour  à l’autre parce qu’on croise toujours du monde. Souvent on
nous dit « ça fait deux jours », qu’on ne ce soit pas vu depuis deux
heures ou deux semaines c’est toujours « deux jours », ça mérite toujours
des retrouvailles ! Le village (c’est comme ça qu’on appelle les secteurs
9 et 10, périphériques du centre ville) est devenu un peu notre village.
On ne se perd presque plus. Atelier de couture (notre QG favori –chaque
groupe de jeune à son qg), après le goudron, prochain six mètres ; maquis
(bar) « la liberté » tourne après le deuxième carré (= paté de maison) ;
etc, etc…
Et puis Noël, rien à voir bien sûr avec notre Noël truffé de chocolat, de
cannelle, de dinde…ici le repas de fête c’est haricots, spaghettis et
bissap (boisson à base d’hibiscus et de gingembre) Anecdote : ici il n’y
a aucun mot pour dire « bon appétit ». De même on ne répond pas souvent
oui ou non mais « hin hin »… Ce sont quelque détails de langue assez
parlant sur la culture africaine !

Aussi incroyable que cela puisse paraître, nous avons passé notre
début de veillée à la messe protestante.
Le prêtre chante chante à en ébranler les murs de paille, il dispute ses
fidèles « chantez plus fort, dieu ne vous entendra pas sinon» (et puis il
faut couvrir le bruit des maquis et des pétards, la  paille ce n’est pas
très insonorisant), ça tape sur des caissons de bois et c’est parti… Les
gens dansent, chantent, les jeunes filles même se baissent jusqu’au sol et
semblent partir en transe, le prêtre va même jusqu’à les arrêter (elles
risqueraient vraiment de s’envoler). On doit vous avouer que quand ils ont
commencé à prêcher en moré on s’est éclipsé discrètement. On ne peut pas
s’improviser protestantes, c’est déjà quelque chose pour nous d’avoir lu
des versets de la bible et béni des repas) ; quoiqu’il en soit leur foi a
été étonnamment accueillante et respectueuse de notre athéisme. Ici on se
présente comme membre de la religion du « peut-être », soit tout est
possible, toutes les religions ont leur part de vérité quand à nous s’il y
a un dieu qu’il nous pardonne notre ignorance. Après cette petite messe la
jeunesse africaine se retrouve au dancing (encore une fois les charmants
paradoxes), pour nous ce sera le dancing nommé« le croisement ». Tchoukou
tchoukou, zouk, coupé décalé, slow (céline dion), dance de la grand-mère…
Le dancing est bondé, on déplace une table et une dizaine de chaises
jusqu’au mince espace qu’il reste entre le bidon où ils déplument les
poulets et le grill où ils les font braiser (a quinze le poulet a à peine
le temps d’être posé sur la table, ce sera nos truffes à nous).
Le lendemain (un peu difficile) ça s’active dans notre famille, il faut
préparer à manger pour tous ceux (musulmans comme chrétiens) qui passeront
saluer. On apporte des casseroles de riz aux voisins musulmans, c’est
aussi ça noël. Mais on ne passera pas de cour en cour cette fois, on a
rendez vous à 14h au théâtre populaire avec nos amis comédiens pour
représenter une version improvisée à quatre du petit prince devant les
enfants de la ville. Evidement ça commence à 18h. Les quelques deux cents
enfants forment un public génial, ils participent (« est-ce qu’il faut
rester sur une planète où on se saoule pour oublier les problèmes ? » «
NOOOOOOOOOOOOON », « vous habitez sur quelle planète ? » « la
TERRRRRRRRRRRE », etc). Le soir c’est la soirée d’adieux. On ne dit pas
adieu en Afrique, on dit à la prochaine en dansant, en causant. On sait
qu’on reviendra.

Claire et Chloé